Si je prends l'omnibus pour Bleiges de 23h 37, je descends à Carsaillon à 00h 09, j'attrape le train de 00h 11 pour Folières et, s'il n'y a pas de retard, j'ai à Folières le dernier car pour Gizasse.
Hier à Carsaillon, le conducteur a attendu que le train pour Folières soit parti avant d'ouvrir les portes de son omnibus pour Bleiges. Et moi, je le voyais derrière la vitre, le train pour Folières qui démarrait, et je ne pouvais rien faire parce que les portes étaient fermées, c'était le dernier train pour Folières, et il n'y avait, et il n'y avait plus d'omnibus pour revenir à Austerlitz.
J'étais bloqué à Carsaillon.
Et je me disais que jamais je n'arriverais à Gizasse.
Mais je ne pouvais accepter ça.
Il fallait que j'atteigne Gizasse par un moyen ou par un autre.
Alors un train s'arrêtait, je montais dedans, je demandais où il allait, il allait à Prouhat sans arrêt, et je savais que si on arrivait à Prouhat avant une heure moins vingt, j'aurais une chance d'attraper la correspondance pour Folières, la dernière qui m'emmènerait vers Folières, et je courais très vite dans le souterrain de Prouhat, et c'était long, et j'avais chaud, et je réussissais à monter dans le train pour Folières en forçant sur les portes, et je soufflais un peu.
Et on me disait que ce train n'allait pas à Folières mais à Nomont, que pour Folières, c'était l'autre quai mais trop tard.
Alors je descendais au premier arrêt, à Dorne le Château, une gare que je ne connaissais même pas, et tout ce que je voulais c'était mourir.