17/01/2008

17/01/08 - 23:22

A tous ceux que le suicide tente


Guillaume était très malade. Il souffrait.
Stéphane souffrait, lui aussi. De dépression. Il ne souffrait pas d'une maladie invalidante et incurable.
J'ai toujours du mal à avaler quand quelqu'un se suicide sans souffrir d'une maladie invalidante et incurable.
J'ai essayé de redonner à Stéphane quelque chose comme une étincelle d'envie de vivre. On a essayé, je ne suis pas le seul.
On a essayé et on n'a pas réussi.
C'est fini.


Quand l'idée du suicide trotte dans une tête, ce genre d'événement, quelqu'un qui passe à l'acte, ça rend la chose dangereusement réelle, possible.
La dépression, ça se soigne.
Je m'adresse à tous ceux que le suicide tente. Parce que vivre c'est difficile. Parce que le monde dégoûte.
La dépression ça se soigne.

On peut vivre. On peut partager de la joie. On peut donner de l'énergie à tenter d'améliorer notre monde, chacun à notre échelle.

Il faut vivre.

Je n'aime pas les "il faut" car en général, ils nous sont imposés.
Celui-là, je me l'impose.

Il faut vivre.

commentaires

17/01/08 - 23:34

Ne pas juger. la dépression est aussi une maladie grave (là c'est le médecin qui parle).Le suicide est une liberté de l'homme . je n'aime pas les discours moralisateurs à ce propos mais la maladie qu'est la dépression ne permet surement pas ce choix d'une manière lucide. Oui certains états dépressifs se soignent mais c'est souvent une maladie chronique difficile à prendre en charge. Si la situation le permettait, j'utiliserai cette expression facile: la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible.Comme je le disais dans un autre commentaire,pour l'avoir vécu dans mon entourage, les suicidés partent avec un secret, un mystère et nous laissent avec notre culpabilité de n'avoir rien pu faire.

17/01/08 - 23:37

Que la dépression ne soit pas invalidante ni incurable reste très discutable. Il ne faut pas (tiens, un "il faut" négatif...) confondre déprime et dépression : la "vraie" dépression est excessivement invalidante et, pour peu qu'elle soit liée à une déficience neuronale ou hormonale, incurable. Je ne suis pas vraiment d'accord avec la hiérarchisation des maladies que tu supposes ici, même si, bien entendu, j'applaudis le post.

17/01/08 - 23:43

Il n'y a pas de hierarchie dans la douleur...

17/01/08 - 23:46

Si une seule personne comprend ce post comme je l'écris, cela me suffira. On ne sait jamais.

17/01/08 - 23:54

Et je suis en colère. Pardon.

17/01/08 - 23:56

Ton post est très touchant, malgré cette colère en toi, tu sais trouver les mots justes.

18/01/08 - 00:29

Pour être sincère, j'ai vécu ses moments où la mort se dessinait auprès de moi comme la seule issue pour me réfugier de ma détresse. Mais comme tu l'écris si bien, la dépression ça se soigne, ce n'est pas facile, mais une chose est sûre, on avance.

18/01/08 - 02:21

Partir loin d'ici
Partir pour ne plus jamais revenir
Partir loin des douleurs
Partir pour être libre, libre de tout le mal
Partir loin de tout, loin de vous
Sentir la lame se poser sur mon poignet
Sentir la lame se planter
Sentir le sang couler,
Tomber sur le sol, apaisé a jamais ...

18/01/08 - 04:05

interessant
délicat

18/01/08 - 10:37

J'ai un sale sentiment rampant de culpabilite.
Et je suis en colere aussi, par ce que je suis d'accord avec Ned.
Life is a bich and then you die.
C'est dans le mot "then" que se trouvent tout l'effort, et toute la recompense, de la lutte pour la vie, sa propre vie.
(Je pense aussi a la maman de Carlos justement, Francois Dolto, dont l'explication de la mort est curieuse, et parfois juste quand meme: on meurt car on a fini de vivre.)

18/01/08 - 14:05

Peut-être que malgré tout, on n'a trouvé ni les mots ni les gestes pour retenir Stéphane...

18/01/08 - 17:05

Peut être qu'il existe un point de non retour, un passage apres lequel essayer de retenir les gens ne sert à rien, ils sont déjà partis.

Chacun a fait comme il a pu, comme il a cru. La culpabilité est vaine. En revanche la colère, ou plutôt la révolte, ne l'est pas. Comme l'amour, c'est souvent elle qui nous donne l'énergie de vivre.

18/01/08 - 17:55

Un petit mot d'encouragement pour ceux qui l'ont connu.

18/01/08 - 19:24

Relire ton post est touchant même si beaucoup de choses me choquent en dehors de l'évênement qui nous attriste.
"Il faut vivre" Pourquoi? à quel prix? je n'en suis pas persuadé qu'il le faille dans toutes les circonstances.
Dire "il faut" à quelqu'un de dépressif peut être tout à fait contre productif. la dépression grave avec risque suicidaire, d'intensité mélancolique pour un médecin, s'accompagne deja de culpabilité ou d'auto accusation parfois avec une note délirante.Le patient aimerait bien "se reprendre", "aller mieux" comme son entourage le lui suggère. Mais son incapacité à le faire, due à la maladie, l'enfonce encore plus.
Un essais de solution? trouver un cadre, une alliance thérapeutique pour un accompagnement (entretiens, médicaments) avec toujours cette crainte du passage à l'acte avant qu'advienne un mieux.
Alors la colère peut- être, mais contre quoi ou qui? pas les patients; peut etre le peut de cas que fait la société de la souffrance mentale.

18/01/08 - 23:17

Je n'ai jamais dit "il faut vivre" à Stéphane.
Et je ne suis pas médecin.
Chacun sa merde.

18/01/08 - 23:52

Je suis en colère. Pardon.
Mais putain, guillaumerun, vous êtes gonflant avec votre ton.
Tous les amis psychiatres que j'ai (entre cinq et dix) se battent comme des diables pour "sauver" leurs patients suicidaires et quand ils en perdent un, ils considèrent ça comme un échec. Parce que la majorité des dépressions se soigne. La grande majorité.

19/01/08 - 08:05

ok, j'arrete de vous "gonfler".

19/01/08 - 18:24

Je n'ai rien à dire, juste à pleurer.

31/01/08 - 14:16

N'étant pas connecté aux heures où la grande majorité peut le faire, je ne connaissais ni Guillaume ni Stéphane.

Ceci dit, dès les premiers mots Ned, tu nous ouvres peut-être une première explication qui irait à l'encontre de tout souffrance physique personnelle, chez Stéphane. Son compagnon souffrait de sa maladie. Quoi de plus terrible que d'assister à la souffrance d'un être aimé sans pouvoir le soulager ? Qui plus est quand on se sent si faible soi-même ?

Pour avoir été à l'écoute de pas mal de situations difficiles, ici ou ailleurs, j'ai renoncé à imposer une "guérison" à qui que ce soit. Nos mots peuvent agir (pas toujours dans le sens souhaité d'ailleurs), mais seul celui à qui nos mots sont adressés saura faire mûrir, germer puis fleurir ces graines d'espoir pour demain que nous aurons tenté de semer. Parfois nos graines demeureront inertes. Qu'y pouvons-nous ? Doit-on culpabiliser pour autant au-delà du raisonnable ?

Ce que je retiens, c'est davantage un acte d'amour réciproque de la part de Stéphane et Guillaume. Oui, il ont refermé leur livre de vie un peu plus tôt qu'il n'eût été souhaitable pour leur entourage réel ou virtuel. Mais que savions-nous de leur vie intime, dans le secret de leur demeure, quand les regards extérieurs ne nécessitent plus le port du masque de bonheur, quand les grimaces de douleur et les pleurs d'abandon physique peuvent enfin reprendre place dans une vie ?

Nous sommes souvent de bons acteurs, cachant ou tentant de cacher nos failles, nos faiblesses. Ce sont elles qui nous font apprécier pour celui que nous sommes réellement...

Je ne sais ni ne veux connaître aujourd'hui leur histoire ; il est trop tard. Mais se donner la mort, ENSEMBLE, quelle belle preuve d'amour, non ?

Je ne me rappelle de son nom (et qu'importe sans doute). Le suicide d'un vieux philospohe et de son épouse, voilà quelques semaines en France, m'avait a priori choqué. Non pour le suicide, mais parce que suicide d'un philosophe de plus de 80 ans. Quelques infos plus tard, on apprenait qu'il n'avait pas voulu survivre à sa femme affectée d'une maladie grave... Suicide par amour.

Que ceux qui ont tenté en vain de redonner espoir et motif de guérison à Stéphane ne soient pas trop sévères avec eux-mêmes. Ils auront partagé ce qui est le plus important : de l'humain. Ce qu manque le plus à l'homme, parfois...

Quant au geste même, à l'idée du suicide, c'est un regard personnel sur la vie. Une question qui ne me semble pas déplacée : la vie serait-elle supportable sans la certitude de la mort ?

04/02/08 - 17:40

Ite missa est.

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.